Septembre, c'est aussi la rentrée des concerts et cette soirée fut une bien belle façon d'ouvrir la saison !
La première partie était assurée par Little trouble kids, que j'avais déjà vu en première partie de la femme. Et bon, c'est toujours pareil, ça fait penser parfois aux white stripes, aux kills, à sonic youth.... Parfois ça fonctionne à fond et c'est bien fun, parfois ça tombe à plat et on se sent presque gêné pour eux. L'énergie est là et bon, on a fait pire mais je suis pas pressée de les revoir.
Ensuite, le retour de Breton, que j'avais manqué lors de leur passage à la cave aux poètes, dans une salle plus grande, et bien remplie, le concert étant gratuit pour les abonnés ce soir. Expédions tout de suite les mauvais points : un mix parfois médiocre, où la voix de Roman peine à se faire entendre, et qui rend parfois les chansons difficiles à distinguer les unes des autres. Le chanteur avouera aussi être jet lagué. Ce qui ne se verra pas tant que ça lors du concert énergique de ce soir, deux membres du groupe viendront même chanter et danser dans la fosse. Les cinq garçons enchainent les tubes de leurs albums/eps/singles mélangeant électro, rock/post rock, hip hop avec brio. Tous les titres ont le droit à un clip diffusés sur un grand écran derrière eux, ce qui montre le talent de ce collectif qui ne se contente pas de la musique pour s'exprimer.
Le public passe un bon moment même si au delà des premiers rangs, l'ambiance reste assez calme, avec petits hochements de têtes syndicaux .
Breton confirme en live tout le bien qu'on pouvait penser d'eux en écoutant leurs sorties discographiques. Et en plus, ils sont sympas.
"Concert
totalement incroyable hier au Grand Mix. On est particulièrement
attaché à cette partie de la France et on était ravis de voir que tout
le monde a passé un bon moment."
Breton sur facebook et le public vu de l'iphone de roman.
Sic alps, groupe qui avait déjà eu le droit à un article ici, à l'occasion de leur live donné à la malterie revient avec ce qui est sûrement leur meilleur album à ce jour, ou, en tout cas, le plus accessible et concis. Pas de grands changements de style, toujours ce psychédélisme garage à la cool, tranquille. Mais l'album voir naitre d'autres ambitions, en utilisant notamment de nouveaux instruments, des violons, un piano...et une production beaucoup plus clean. Là où précédemment Sic alps semblait vouloir maltraiter les mélodies, les abimer derrière des guitares, un son crade et approximatif, des rythmiques dérangés, ils les embrassent et revendiquent fièrement sur cet album. On se retrouve donc avec 10 vraies chansons, moins étranges qu'auparavant, plus...normales en somme, mais tout aussi intéressantes. Et même d'une beauté surprenante, quand la voix de Mike Donovan révèle toute sa fragilité sur des titres plus calmes et mélancoliques, comme Thylacine man ou Lazee Son.
Un pas en avant dans la discographie du groupe qui n'a rien perdu de sa pertinence et de son talent en polissant sa musique.
Chain and the gang - In cool blood
Troisième album de ce projet garage/soul/rythm'n'blues du très sous estimé Ian Svenonius.
Le genre de personnage qui mériterait qu'on lui consacre des livres voir un film, en attendant, cette interview de The drone est un beau résumé du personnage. Des débuts dans la scène hardcore/punk/emo avec Nation of Ulysses, puis une orientation plus garage avec The Make-up, quasi funk avec Weird War.... une éthique et un vrai fond politique, accompagné de beaucoup d'humour et d'un charisme indéniable.... Ian n'a aucun mal à le reconnaitre, il n'a rien inventé, se contente de suivre le train... Ce qui ne le rend pas moi passionant.
Sur cet album, Ian ne change pas la formule : sa voix soul et celle
de Katie Alice Greer s'unissent sur des petits tubes garage sexy,
drôles, satiriques. La production est très lo-fi, et le rythme
s'accélère assez peu, l'album n'est clairement pas un chef d'oeuvre, ne
va pas faire avancer la musique mais reste sacrément rafraichissant et
sauvage.
Merci Ian svenonius.
Ces trois albums n'ont rien en commun, si ce n'est qu'ils reviennent souvent dans mes oreilles, même si....
Alt-J - An Awesome Wave
Bon, si vous n'avez jamais entendu parler du groupe, vous n'êtes surement pas très au fait de l'actualité musicale. J'ai failli passé à côté d'une part à cause de ce nom, Alt-J, le raccourci clavier qui permet d'obtenir un triangle sur mac, c'est franchement ridicule, qui peut avoir envie d'écouter un groupe avec un nom aussi cliché et débile. Et puis à cause de cette hype, qui les vends, à l'instar de Breton ou Wu Lyf comme le futur de la pop anglaise, comme un renouveau, une révolution.... En réalité, comme les groupes précédents, c'est juste un groupe qui a réussi, en combinant des influences diverses, à se forger dès ses premières sorties un son reconnaissable.
Et donc, j'ai écouté l'album. Et c'est sacrément Beau. Sur 14 titres, Alt-J délivre une pop ouvragée et mélancolique, portée par la voix atypique du chanteur, les choeurs et harmonies, par des rythmes parfois pas si éloigné que ça du hip hop, des guitares cristallines... Le format de l'album avec intro et interludes est en lui même assez peu commun. Les titres sont tous de petits trésors de compositions et d'arrangements inventifs, parfois surprenants qui se révèlent au fil des écoutes. Mes titres favoris changent d'ailleurs en fonction du nombre des écoutes, certains morceaux se révèlent immédiatement quand d'autres se sont insinués plus lentement dans mon esprit, mais au final, aucun titre n'apparaît superflu.
Ce premier album est une belle réussite, un de mes albums préférés de l'année que je serais ravie de découvrir en live lors de leur date déjà complète au grand mix.
O. children - Apnea
Deuxième album de ces anglais fortement influencé par Joy divison et mené par le charismatique Tobias O'kandi, grand black à la voix profonde qui avait été révélé en 2009 grâce au titre Dead disco dancer. L'album sorti ensuite ne m'avait pas laissé un souvenir impérissable mais ce Apnea est mon plaisir coupable de l'année. Coupable parce que la facilité, l'efficacité et la grandiloquence de certains refrains les rapprochent plutôt des killers qu'autre chose...
Mais ça marche sacrément, d'autant plus que le tout sait rester tendu et inquiétant avec des titres plus sombres et mystérieux, entre cold wave et post punk. Ils ont su trouver un son plus direct, avec moins de fioritures que celui de l'ampoulé premier album, plus varié, et presque plus coloré aussi, à l'image de la pochette. On peut d'ailleurs regretter cette noirceur systématique, la voix de tobias se fait notamment beaucoup moins basse qu'auparavant... ou au contraire apprécier l'arrivée de la lumière et des nuances.
Frank ocean - Channel Orange
Pareil, si vous n'avez jamais entendu parler de Frank Ocean, vous vivez dans une cave. Le chanteur d'Odd future m'avait conquise avec une seule chanson, Swim Good, parue sur sa première mixtape, Nostalgia Ultra et qui reste un de mes titres préférés du jeune homme. C'est donc du r'n'b mais ce qu'il faut surtout retenir c'est la qualité d'écriture de Frank Ocean, un type capable de parler de suicide, de religion, de drogues, de solitude, de classes sociales et bien sûr d'amour...avec une grande intelligence et un talent indéniable.
J'attendais beaucoup de ce premier album et peut être trop. L'album est une réussite mais je l'imagine encore capable de bien mieux ! Accompagné d'Earl Sweatshirt, Andre 3000, Pharell Williams, Tyler, the creator ou John Mayer, Frank déroule les thèmes précédemment cités en pas moins de 17 titres, avec de nombreux interludes qui sont d'ailleurs à mon sens trop nombreux et viennent cassé le rythme de l'album. Le point d'orgue de Channel Orange est surement Pyramids, chef d’œuvre de 10 minutes où Frank parvient à relier Egypte antique et strip tease avec une première partie très pop qui devient presque psyché ensuite. Frank brasse ainsi hip hop, r'n'b old school et moderne, funk, soul, jazz, pop sur un rythme plutôt détendu malgré des thèmes sombres, à l'image de ce refrain génial "Crack rock crack rock". Et puis il y a un titre comme Bad religion, aussi beau que du Jeff Buckley.
Bref un très bon premier album qui confirme la naissance d'un grand songwriter sur lequel il faudra compter.
Salut les punks! Aujourd'hui je vais vous parler d'un album que j'ai beaucoup écouté cet été: Gossamer, le deuxième album du groupe américain Passion Pit. Trois après un Ep remarquable "Chunk of Change" et un album qui leur avait ouvert les portes du festival Inrocks j'ai nommé "Manners", la troupe emmenée par Michael Angelakos revient donc avec un album très attendu porté par un single tubesque: "Take a walk".
On retrouve ce qui a fait le charme de Passion Pit: des mélodies instantanées, des touches électro-pop bien senties, et surtout des refrains ravageurs. L'aspect joyeux et même estival de la plupart des compositions tranche tout de même avec les textes plutôt sombres dans l'ensemble, et tous écrits par le leader torturé du combo du Massachusets: Michael Angelakos, souffrant malheureusement de troubles bipolaires....(il a d'ailleurs été contraint d'annuler plusieurs dates de leur tournée...)
C'est donc aussi ce côté mélancolique et fragile qui touche sur ce disque pop bien troussé. L'album s'écoute d'une traite, sans morceau faible, et se révèle très homogène. Le deuxième single "I'll be alright" s'avère tout aussi ravageur que "Take a walk" créant ainsi une entrée en matière au disque de grande qualité. D'autres titres sont tout aussi puissants tels que "Constant Conversations".
Après Foster the People l'été dernier, c'est au tour de Passion Pit de postuler au titre de meilleur album pop de l'été! Rien de mieux que de conduire sur une route ensoleillée aux sons électro-pop de ce Gossamer! Allez bonne écoute, et salut les punks!
Aujourd'hui je vais vous parler d'un album dont je fus pourtant sûr qu'il allait être mauvais, et qui pourtant s'est révélé très agréable après quelques écoutes.
C'est donc du deuxième album des Vaccines, groupe anglais de pop à guitare aux allures de figurants pour une pub pour Topshop....Passons sur leur look et leur charisme de mollusque et parlons musique.
J'avais été agréablement surpris par leur premier album "What did you expect" sorti en mars 2011, un premier album pop tonique et très accrocheur, seulement un peu plombé par quelques tentatives fumeuses de pop new wave grandiloquentes.
Sur ce nouvel album, ils ont fait un écrémage et se sont uniquement focalisé sur des chansons pop, 3 minutes, refrain-couplet-pont, avec des accords classiques, des rythmes efficaces mais communs et des paroles tout sauf géniales... Mais la formule marche il n'est pas rare après quelques écoutes de siffloter une mélodie ou chantonner un refrain, comme sur ce "Teenage Icon" qui fait office de deuxième single:
Le premier single "No Hope" sonne lui aussi comme un titre quelconque, à vrai dire au début je disais que c'était du "sous libertines", bon au final oui, mais ça reste quand même un chouette morceau. Je vous laisse vous faire un autre avis en écoutant la bête.
Le point sur lequel je veux aussi insister, c'est qu'à défaut d'être des génies, les Vaccines sont d'honnêtes artisans pop, et maîtrisent parfaitement la formule basse/guitare/batterie, et se permettent mêmes quelques influences qu'on ne leur connaissait pas jusque là:
surf pop sur "Weirdo":
et peut être un clin d'oeil aux Specials sur "Ghost Town":
Tout ça pour vous dire que l'écoute de cet album s'avère très agréable, même si je le trouve moins frais et immédiat que leur premier album. Mais ils ont quand même réussi à passer le cap toujours difficile du deuxième album.
A noter qu'ils sont en tête d'affiche du Festival des Inrocks en France au mois de novembre.
Ca fait quelques mois que je n'ai pas écrit ici, et je reviens pour parler d'un groupe dont tout le monde se fout, et sur lequel je n'ai pas grand chose à dire, j'ai nommé The new lines.
Peut être avez vous déjà entendu parler du groupe Vitesse, et là je pense aux jeunes filles abonnées au défunt blog bretteastonellisien de La Frange, ou aux jeunes pop modernes qui lisent Magic. Bref Vitesse c'était un duo du début des années 2000 qui sonnaient comme un groupe des 80's, de la synthpop dépressive, fragile, et donc magique.
Bon, du coup je regarde, sur last.fm, ils ont à peine plus de 5000 écoutes et le premier tag est "melancholy" ce qui correspond pas mal. Et 69 "j'aime" sur facebook.
C'est pourtant sacrément bien pour les coeurs brisés, ils ont sortis 4 albums. Deux sont en écoute sur spotify, c'est très fortement recommandable.
Tout ça pour dire qu'un des deux mecs, Hewson Chen a un nouveau groupe, the new lines. Et leur dernier album sorti l'an passé s'appelle All that we see and seems. Enfin le truc est sorti uniquement en vinyl, et en très peu d'exemplaires, on trouve assez peu d'informations sur eux sur le world wide web.
Et pourtant l'album est excellent. Pas si éloigné que ça de Vitesse, dans l'esprit, toujours cette voix douce et éthéré, toujours cette mélancolie, ce décalage, cet anachronisme, cette douceur un peu douloureuse, tendue... Mais cette fois, Hewson lorgne vers une autre décennie. All that we see and seems c'est un voyage en 14 chansons, hors du temps, hors de l'espace, en apesanteur, une ambiance parfois très cinématographique, avec des instrumentaux et divers bruitages typés sciences fictions . La pop de l'espace. Concrètement, c'est de la pop psyché 60's, qui touche parfois au krautrock 70's, à la dream pop, synthpop avec ce côté ...baroque. Rétro futuriste, voilà qui résume aussi bien leur musique, les pieds dans le passé, le regard vers le futur. Des textures riches au service de petits bijou d’écriture pop, qui peuvent s'appréhender très facilement, mais recèlent à chaque écoutes de nouvelles sonorités. Les titres se révèlent ainsi au fil des écoutes, tous très variés mais formant un ensemble bien homogène. Voilà un groupe qui tout en puisant clairement dans un certain "âge d'or" de la musique contribue à en écrire une nouvelle page.
Enfin, pas du tout, vu que personne n'écoutera ce disque. Ou d'ailleurs, on peut totalement détester, trouver la production stupide, le chant ridicule et les chansons mauvaises. (mais je comprendrais pas trop).
(à mon avis, c'est pas le meilleur choix de titre à clipper, vu qu'ils ont des chansons bien plus fortes/moins chiantes/ mais.)
L'album est lui aussi en écoute sur spotify. Tout comme leurs autres sorties, Witches milk, et les singles a lonely industry / please fall in love / off axis.
Ou sur soundcloud
Ou sur bandcamp
Aujourd'hui, je décide de faire dans l'originalité. Après une absence d'un mois, je reviens livrer ce billet, et j'espère que vous ne serez pas déçus. J'ai parlé plusieurs fois de The Deserteurs dans cette chronique. A l'occasion de la sortie de leur premier EP Fever In The Pocket, j'ai eu l'occasion de me rendre à Toulouse rencontrer le groupe. Voici le récit du voyage initiatique d'une jeune personne en terre inconnue. (musique)
Passer quatre jours en compagnie d'un
de ses groupes de rock préférés n'est pas donné à tout le monde.
C'est pourtant ce qui m'est arrivé. Un beau lundi soir de Juillet,
j'ai pris le train pour Toulouse et je suis allée rejoindre The
Deserteurs.
Comment les ai-je connu et comment
ai-je été invitée à les retrouver ? Sans intérêt pour
vous, pas assez romantique. Disons pour faire court que la rencontre
était déjà prévue depuis un an. En un an, les gens changent, les
groupes de rock aussi. The Deserteurs, eux, avaient accueilli dans
leurs rangs une claviériste et sorti leur premier EP trois jours
avant mon arrivée. (Ce qui était finalement bien pratique puisque
c'est ladite claviériste qui m'a hébergée durant les quatre nuits
et quatre jours que j'ai passés là-bas.)
Étant un jeune écrivain plein
d'espoir, une jeune femme avide d'aventures et de connaissances,
j'avais plusieurs raisons d'entreprendre un tel voyage. Renouveler
mon inspiration était l'une d'entre elles. Avoir publié un
feuilleton gothique dans un journal local nécessitait une pause.
M'initier au gonzo journalisme était une autre raison. Rencontrer
des musiciens que je suivais depuis un an et auxquels j'avais
consacré deux chroniques sur ce blog, une autre. Bref, j'étais plus
motivée que jamais, mais j'avoue que dans le train, entre deux
paysages crépusculaires, je ne pouvais m'empêcher de me demander :
« Serai-je à la hauteur ? »
Vaste question.
C'est avec un trac monstrueux que je
suis arrivée à Toulouse dans la nuit. Bien sûr, j'avais échangé
mails, histoires et musique avec les Deserteurs depuis des mois. Il
n'empêche que les rencontrer en vrai...
En haut de l'escalator de la gare, la
pétillante Louisa Bénâtre a surgi. La claviériste des Deserteurs
(officiant aussi avec son frère dans le groupe pop Alone With
Everybody, qui sort son premier album en Septembre) est une jeune
fille de 18 ans souriante, cultivée et avec un goût très sûr
aussi bien pour les vêtements que la musique et l'art.
Présentations. Sourires. « Thomas nous attend dehors. »,
lâche-t-elle. Diantre. Thomas Pradier est le chanteur et leader des
Deserteurs. L'homme à l'origine des chansons Visions of
Confusion, Take It et
quelques autres petites merveilles psychédéliques et garage que
j'avais aimé écouter en griffonnant sur des feuilles.
Lui, en tout cas,
est à la hauteur. Exactement comme je l'imaginais et même plus,
impression qui ne se démentira pas au cours des quatre jours qui
suivront. Le jeune homme est calme, d'une élégance naturelle et
fort sympathique. Son charisme, en particulier, est impressionnant.
Nul doute que si The Deserteurs continuent sur leur lancée, il ira
très loin. Un personnage digne d'être mis dans un roman. J'avais
une fois écrit une nouvelle qui s'inspirait vaguement de lui, et
cette nuit-là, j'ai été surprise de voir à quel point la vision
que j'avais eue correspondait parfaitement à ce que j'avais écrit.
La voiture sillonne
Toulouse la nuit. Une ville vaste et qui ne demande qu'à être
explorée. Sur le moment, je suis éberluée de constater que je suis
dans la même voiture que deux des musiciens que j'admire le plus au
monde... Ce n'est que le début. Oh oui.
Le soir-même, dans
un geste très classe qui mériterait sa place dans une histoire –
et il l'aura –, Thomas m'offre l'EP des Deserteurs (critique
ci-dessous), autoproduit et disponible sur le site Bandcamp. Pour la
version « matérielle », les musiciens ont choisi le
format cassette. Pratique, rigolo et vintage. La face B est occupée
par le premier EP des MILF Hunters, un groupe ami que j'aurais
l'occasion de rencontrer le lendemain.
L'aventure ne fait
que commencer.
Le jour suivant,
Toulouse s'offre à moi, guidée par Louisa qui connaît la ville –
et ses meilleures adresses – comme sa poche. Toulouse, ses magasins
de musique, ses boutiques de vêtements vintage, ses monuments
ancestraux. Si un jour vous décidez de fonder un groupe de rock,
vous pouvez y trouver votre esthétique en moins de cinq minutes.
Tout est dans la même rue.
J'en profite pour
demander à Louisa comment se créent les chansons des Deserteurs.
« En général, Thomas arrive avec une chanson presque
entièrement écrite, répond-elle. Il a les paroles, la mélodie, et
on va dans la direction qu'il nous indique. »
Le soir-même, peu
avant la fête dont la menace est imminente chez Louisa, je rencontre
Maxime Costa, dernier Deserteur qu'il me restait à voir. Le batteur
occupe aussi, depuis peu, le poste de bassiste chez MILF Hunters. Si
Thomas est le compositeur et la tête pensante de The Deserteurs,
c'est bel et bien Maxime qui est à l'origine du groupe. Mais cela,
je ne l'apprendrai que deux jours plus tard...
Grand et pâle, aux
yeux d'un bleu clair, Maxime est un jeune homme doux et discret.
Inutile de se demander pourquoi Thomas et lui s'entendent si bien. A
les voir, l'alchimie semble évidente. C'est assez indescriptible, la
chose est assez rare entre deux amis, entre deux musiciens... Elle
est souhaitable et bienvenue. Les futures fans du groupe prendront
plaisir à écrire toutes sortes d'histoires quand The Deserteurs
sera plus connu, je suppose. « Un jour, des jeunes filles
écriront des fanfictions sur Thomas et toi », ai-je
solennellement déclaré à Maxime. Avant de lui expliquer le concept
sous son regard joyeusement incrédule. Qu'ils s'y préparent...
Les MILF Hunters
débarquent chez Louisa avec le soir. C'est un groupe garage et
grunge, assez sauvage sur scène. Dans la vie, leurs musiciens sont
extrêmement gentils. (Et la petite fille dans ma tête pousse un
soupir de soulagement.)
Jadis, j'ai passé
une nuit entière enfermée dans un théâtre avec des acteurs, à la
fin d'une pièce à laquelle j'avais participé. Passer une soirée
avec des rockers n'a rien à voir. La mentalité est fort différente,
le grain de folie aussi. Mais il est plaisant.
La radio passe les
Strokes et, peu après, The Red Lips, un groupe de rock aujourd'hui
séparé. « Quand ils existaient, The Red Lips a été l'un des
meilleurs groupes de Toulouse », affirme Louisa. Son frère y a
joué, le chanteur et le batteur des MILF Hunters aussi, à une
époque. Après plusieurs changements de musiciens, The Red Lips
s'est arrêté, laissant derrière eux des fans acquis à leur cause
et un single aujourd'hui culte.
Les musiciens
réunis ce soir-là prennent énormément de plaisir à écouter la
musique des groupes toulousains, mais aussi la leur. Leur EP à peine
sorti, ils ne voient aucun problème à en repasser les chansons en
boucle, exactement comme ils écouteraient Dylan ou les Beatles. « On
est arrivés à un travail conséquent, c'est vrai qu'on en est
fiers », avoue Louisa. Il n'y a pas que ça : The
Deserteurs, MILF Hunters et la clique qui les entoure (amis, petites
amies, épouse) forment une véritable communauté. Une grande bande
d'amis avec ses rites, ses influences et ses lieux de prédilection.
Évidemment, la chose fait envie. « Il y a d'autres gens qu'on croise là où on sort mais qui sont plutôt là pour se donner un genre cool, contrairement à nous qui
aimons réellement la musique », remarque négligemment la
musicienne. Personne n'est dupe.
En
attendant, la soirée de mardi se déroule dans une franche
camaraderie. Il y a même un jam qui se fait entendre... Un piano,
plus précisément. Et comme par hasard, trois places sont vides.
Suivant la piste de la musique, je me dirige seule vers une porte et
l'ouvre. Thomas, Guillaume et Paul (deux autres MILF Hunters) sont
occupés à improviser une mélodie à trois mains sur un piano.
Avant d'enchaîner le plus naturellement du monde sur des reprise
d'Iggy Pop (Lust for Life)
et The Cure (Boys Don't Cry).
Et là, lecteur, commence un souvenir qui restera gravé dans ma
mémoire. L'occasion est trop belle, je demande au leader des
Deserteurs s'il sait jouer In The Cold, Cold Night
des White Stripes. Il commence à la jouer comme un jazz. Je chante,
nous chantons. (Je défie quiconque, quiconque d'avoir déjà chanté
une de ses chansons préférées avec le leader de l'un de ses
groupes préférés. C'est un instant inoubliable.) Il se met ensuite
à jouer au piano Visions Of Confusion,
qui figure sur son EP – j'avoue que je n'ai pu m'empêcher de faire
les chœurs.
Après cela, la
pièce redevient vide, et la soirée durera... Mais pour le reste de
la soirée et la matinée du lendemain, je n'ai plus que ce jam en
tête, presque sûre que le plus marquant de mon séjour est passé.
Je me
trompais – heureusement. Mais c'est un des souvenirs les plus
précieux que je garde. Du genre de ceux que je raconterai à mes
petits-enfants, si j'en ai : « Mon petit, quand j'étais
jeune, j'ai chanté In the cold, cold night
avec le chanteur des Deserteurs. » Tout à fait.
Le
lendemain est un day off. Rien de surprenant à mentionner ici, si
ce n'est que comme cette
chronique est aussi consacrée aux livres et aux films, je puis
signaler en passant que j'ai vu ce jour-là Les hommes
préfèrent les blondes d'Howard
Hawks (et que je préfère Jane Russell !). Louisa, en guide
parfaite, m'a également montré une librairie réputée
nationalement : Ombres Blanches, dans laquelle j'ai piqué un
essai sur le dandysme de d'Aurevilly et un autre d'Oscar Wilde. On ne
se refait pas. Je parle des auteurs. J'ai naturellement acheté ces
ouvrages, « piqués » n'étant qu'une expression.
Le jeudi, la veille
de mon départ... Prouva que je n'avais pas encore tout vu. Loin de
là. Dans la journée, j'ai pu me perdre dans une installation de
Yayoi Kusama au musée des Abattoirs. Du rouge, des pois blancs et
des miroirs partout. Psyché-pop. Pas vraiment hors contexte, donc.
Le soir vit un
événement improvisé. Lequel d'entre vous a déjà fait une
crêpe-party seul(e) avec les trois membres d'un groupe qu'il
adorait ? Mmmh ? C'est bien ce que je pensais.
Ce jeudi soir, j'ai
appris la genèse de The Deserteurs, racontée par Maxime himself.
Celui-ci, d'assez bonne humeur, arrive chez Louisa en souriant. Il a
répété avec les MILF Hunters la veille. Deux nouveaux musiciens
sont arrivés pour remplacer deux départs et Maxime s'avoue plus que
satisfait du résultat. « Ce n'est plus du grunge, c'est devenu
un groupe de surf music. », déclare-t-il, heureux.
Attendons-nous à des changements dans les prochaines compositions
des MILF Hunters... Affaire à suivre.
En
attendant, Maxime me remercie de lui avoir fait découvrir The Black
Ryder et me conseille le second album des Horrors en échange. J'ai
finalement droit au récit complet de la formation des Deserteurs par
son batteur. J'apprends, entre autres, que c'est lui qui a contacté
Thomas afin de fonder un groupe. La timidité respective des deux
jeunes hommes n'a pas facilité les premiers contacts. « On n'a
presque rien dit. Bonjour, ça va ? Et c'était tout, se
souvient Maxime. Puis on s'est revus une troisième fois... Et là,
c'était parti. » Le groupe a hésité entre plusieurs noms. En
vrai fan des Kills, Thomas a suggéré The Black Roosters. « Ça
a duré un jour, rigole Maxime. Puis on a trouvé The Deserteurs à
cause de la chanson Love Is A Deserter. »
Devant mon air étonné, il sourit. « Oui, c'est de là que ça
vient. » La présence d'un clavier est devenue nécessaire
quelques mois plus tard. Après avoir vu Louisa jouer avec son frère
dans Alone With Everybody en première partie de Peter Doherty, les
deux jeunes hommes ont su qu'ils tenaient la musicienne idéale. Elle
a accepté tout de suite. « J'ai toujours voulu jouer ce genre
de musique », m'avait-elle dit une fois.
The Deserteurs
représente bien la nouvelle vague de musiciens qui sévit
actuellement à Toulouse. « Avant, la tendance était
Strokes/New Wave, remarque Louisa, qui baigne dans le milieu depuis
cinq ans. Maintenant, il y a un nouveau souffle, c'est garage
rock/psychédélique. »
Quelques instants
plus tard, Thomas arrive et nous dînons tous les quatre sur fond de
soleil couchant. (Je sais, la scène est atrocement romantique.) Des
crêpes, donc. Nous parlons musique, entre autres. Du fils de Patti
Smith qui a récemment tourné avec Karen Elson. « Il occupe
quel poste ? », demande Maxime. « Guitariste »,
répondent Thomas et moi, matter-of-factly. « Oh,
d'accord. » Tout le repas se déroule dans le calme et la bonne
humeur. C'est l'un des moments dont je me souviens immanquablement
avec un sourire sur le visage. « Regarde avec qui tu es, ma
petite ! »
Au cas où je ne
l'aurais pas précisé : The Deserteurs sont les personnes les
plus adorables du monde.
La
soirée – la dernière – qui suivit fut parfaite et tout aussi
instructive. Guillaume, batteur des MILF Hunters (qui agite aussi son
tambourin chez les Deserteurs de temps à autre), faisait un mix au
Connexion Café, point de ralliement des musiciens. Un trajet en
voiture avec The Deserteurs, Pixies hurlants, est digne d'un road
movie. Nous sommes arrivés un moment plus tard pour quelques heures
de rock psychédélique, cold wave et electro. Le café a ainsi vu
défiler bon nombre de rockers toulousains sur fond de The Cure,
Ringo Deathstarr, Raveonettes, BRMC ou encore Spacemen 3. It
Slips Right To My Heart des
Deserteurs a également retenti. (Est-il utile de préciser qu'en fan
qui se respecte, j'ai eu droit à ma photo avec le groupe ?)
Ainsi
s'est achevée ma dernière soirée avec The Deserteurs. Ayant fait
mes adieux la veille à Thomas, j'ai vu Maxime et Louisa me
raccompagner à la gare le lendemain, leur EP précieusement glissé
dans mon sac.
Il est toujours un
peu triste de quitter une ville, et surtout des gens auxquels on
commence réellement à s'attacher.
Pourtant, en
revenant chez moi, assise dans le train qui filait à travers le
paysage, je savais que je rentrais chez moi avec des milliers de
choses à raconter, des idées d'histoires, des souvenirs que je
garderais toute ma vie et un peu plus de courage, peut-être.
Et je me suis
demandé ce que la vie allait bien pouvoir me réserver, maintenant.
Chronique
de Fever In The Pocket,
par The Deserteurs :
Cet
EP de sept titres (officiellement six plus une piste cachée) est un
petit bonheur en soit. Ceux qui suivent The Deserteurs depuis leurs
débuts connaissent déjà toutes les chansons qui y figurent, ou
presque. Comment résumer le style Deserteurs ? Un mélange de
psychédélisme, de garage rock et de pop des plus efficaces.
The Wind
Won't Stop To Blow démarre les
festivités. La grande qualité du groupe est qu'il est capable de
créer des visions. En l'occurrence, cette chanson donne l'impression
de se trouver sur une falaise au bord de l'océan. Parfait. It
Slips Right To My Heart étant
l'une de mes préférées de The Deserteurs – et d'eux aussi,
manifestement –, je suis ravie de la voir se retrouver sur cet EP.
La mélodie est envoûtante et le leader chante avec l'intonation de
celui qui connaît son affaire. The Devil Does Care
continue dans la même veine : un rock psychédélique ambitieux
mais avec un côté « fait maison », presque artisanal,
qui rend leur musique passionnante.
Et
nous basculons dans la deuxième moitié de l'EP, peut-être la plus
intéressante. Les trois titres suivants sont surprenants. Heartbreak
On Christmas Day, la « chanson
de Noël » du groupe (qu'ils jouent toute l'année) est un
vibrant hommage aux Beach Boys. Une chanson pop avec chœurs, effets
sonores (vent et neige) et une mélodie adorable. Un titre qui risque
malheureusement de vous rester en tête toute la journée... Visions
Of Confusion est la fusion
parfaite entre rock psychédélique et pop song ultra efficace. La
mélodie est imparable : pour simplifier les choses, c'est la
chanson idéale à mettre en se levant le matin. Kissed
est un titre acoustique d'à peine plus d'une minute, qui voit la
claviériste Louisa Bénâtre passer seule au chant. Une jolie
ritournelle mélancolique qui vient clôturer l'EP en douceur.
Difficile de ne pas penser aux petites chansons chantées par Meg
White au sein des White Stripes – le groupe est une influence
revendiquée des Deserteurs.
(En
cadeau bonus, The Deserteurs reprennent Osez Joséphine de
Bashung, façon Velvet Underground, en piste cachée.)
The
Deserteurs nous offrent ici un EP cohérent où ils parviennent à
trouver leur style propre. Fever In The Pocket
est leur premier effort, et il est prometteur. Vivement la suite.
http://thedeserteurs.bandcamp.com/
That's all, folks!!! See you soon, ladies and gentlemen.